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Le blog d'electric girl

Mon interview de Nour Harkati

29 Décembre 2013, 19:43pm

Publié par electric girl

http://o.scdn.co/300/9af3dba820d0b795478b48fd434eb6b9a90b3bcb

 

 

Il y a quelque temps, j'ai eu la chance d'interviewer Nour Harkati, jeune chanteur Tunisien en France depuis peu, dont je vous avais déjà parlé il y a peu ici (et je vais vous en parler très bientôt car j'ai préparé une revue de son 1er album).

Malheureusement je n'ai pas pu poster cette interview avant à cause de mes exams, soutenances, etc (ça me prend énormement de temps de tout mettre par écrit).

 

 

Comment as-tu commencé à faire de la musique ?

J’ai commencé ma musique de manière très naturelle. Petit, j’aimais bien la musique mais je n’étais pas vraiment attiré par les instruments. J’aimais bien la musique tout court, comme tout le monde. Mais à l’âge de 9 ou 10 ans, j’ai commencé à pratiquer un peu de violon grâce à celui de mon père, qui était violoniste. Et ma mère était chanteuse.

Donc tu avais déjà un encrage familial dans la musique. Est-ce qu’ils t’ont poussé à faire de la musique ?

Non. Comme je te l’ai dit, ça s’est fait très naturellement. Mon père est décédé donc je ne le connaissais pas. Et ma mère ne m’a jamais dit « fais de la musique ». Elle m’a peut-être proposé une ou deux fois d’en faire, mais ce n’était ni par conseil ou par ordre, c’était juste pour m’en offrir la possibilité. Elle m’a dit « il y a les violons de ton père si tu veux », j’avais 9-10 ans donc je ne réalisais pas vraiment le truc. J’ai fait un ou deux ans de violon comme ça pour essayer et à l’âge de 14 ans j’ai découvert la guitare grâce à un ami qui m’a appris à en jouer. C’est comme ça que j’ai commencé à être guitariste. Et deux ou trois ans après, j’ai voulu commencer à chanter. J’ai donc développé petit à petit ma voix.

 

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Est-ce que quelqu’un (artiste, chanteur), t’as donné envie de faire de la musique de manière professionnelle ?

C’est sûr que c’était Ben Harper. Au début, vers mes 17 ans, je me voyais vraiment en lui, je me projetais vraiment dans sa musique, je la sentais vraiment.

Ça aurait pu être ta musique finalement ?

Oui, exactement. Et j’ai senti la même chose avec Justin Nozuka (en moins fort, bien sûr, mais à peu près la même sensation). Donc c’est grâce à Ben Harper que j’ai vraiment voulu faire ma propre musique (composer, etc).

Tu as commencé à composer assez tôt (en même temps que la guitare et le chant, etc) ou au départ tu faisais des reprises ?

Non, j’ai fait des reprises pendant 3 ou 4 ans, j’apprenais les chansons, je chantais dans des petits bars et des petits cafés. Après, j’ai commencé à faire des petites compositions. Par exemple, j’ai écrit la première quand j’avais 17 ans je pense, en écoutant Ben Harper. La chanson s’appelle Say To Me. J’ai surtout voulu faire de la musique de manière professionnelle parce que je me sentais bien dans la musique plus que dans une autre chose (études, etc).

Ça t’était plus adapté.

Bien sûr. Aussi en écoutant et en regardant tout le temps Ben Harper ça m’a vraiment donné envie de faire quelque chose de personnel dans la musique.

Quelles sont tes influences musicales actuelles ?

Maintenant j’écoute beaucoup James Blake, un peu Ben Harper aussi mais beaucoup moins qu’avant pace qu’avant j’écoutais tous les jours Ben Harper. J’écoute aussi les Pink Floyd, Justin Nozuka. C’est à peu près ce que j’écoute régulièrement en ce moment.

 

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Pourquoi as-tu choisi de venir en France faire de la musique plutôt que d’aller dans un autre pays (plus proche de la Tunisie, opportunités) ?

Au début je voulais aller aux Etats-Unis parce que j’étais vraiment influencé par la musique américaine et que je chante en anglais. Je me voyais vraiment là-bas. Mais après je me suis dit que comme je suis Tunisien et que je ne suis jamais parti vivre à l’étranger, que c’était bien de commencer progressivement. Parce que sortir de la Tunisie et aller jusqu’aux Etats-Unis directement… En plus j’avais 23 ou 24 ans donc je ne pensais pas vraiment faire quelque chose, j’avais un peu du recul sur ce choix donc j’ai choisi la France car c’est un pays plus proche de la Tunisie (culturellement, géographiquement). Je trouve que la France, et surtout Paris, est un très bon début pour faire un premier album et pour essayer de constituer un public européen puis peut-être après aller aux Etats-Unis ou bien au Canada, en Australie, etc.

Tu as eu un visa spécial je crois pour venir en France.

Oui. Je suis venu à Paris pour faire un album avec des musiciens français.

 

 


 

 

 

Il y a eu beaucoup de démarches ? Parce qu’en France on est les pros du domaine.

Bien sûr, il y avait beaucoup de concurrence. Il m’a fallu déposer un dossier à l’ambassade de France et ils choisissent d’accepter ou non ta requête.

Trouves-tu qu’il y a plus d’opportunités pour un jeune musicien en France ou en Tunisie ?

Bien sûr. Ce n’est pas dû aux problèmes politiques du pays mais aux mentalités et au budget (très faible dans le domaine culturel). En plus, tes possibilités sont un peu limitées parce que tu passes ta vie à jouer dans des bars et dans des cafés…et à faire des reprises bien sûr car quand tu joues tes propres compositions personne ne t’écoute. C’est sûr qu’ici (en France) il y a plus d’opportunités, tu peux exister, tu peux faire ta propre musique. Ce n’est pas facile, mais tu peux le faire en France.

Tu dis être très influencé par la musique anglo-saxonne. C’est pour cela que tu as décidé de chanter en anglais ?

Oui, parce que je suis mes influences. Je chante en anglais naturellement, ce n’est pas parce que tout le monde chante en anglais, c’est parce que je n’ai écouté quasiment que ça étant petit. Bien sûr, j’ai écouté de la musique orientale et tunisienne, ça fait partie de ma culture. Mais ça me vient plus naturellement de chanter en anglais car c’est plus vers la musique américaine que je me suis dirigé que vers la musique arabe. C’est pour cela que j’ai fait mon premier album en anglais.

Est-il possible que plus tard tu fasses des chansons en français ou en tunisien ?

Bien sûr. J’y pense vraiment. C’est quelque chose qui m’intéresse mais il faut que je me sente vraiment bien dedans pour le faire et il faut que ça vienne naturellement. Ce n’est pas parce que je suis Tunisien que je dois forcement chanter en tunisien, tout comme un Brésilien n’est pas obligé de chanter en brésilien. Ce n’est pas une question de nationalité mais d’influences musicales. Si demain je me mets à faire de la cuisine Thaïlandaise, personne ne va me dire « tu es Tunisien, pourquoi tu ne fais pas de la cuisine tunisienne ? ». C’est presque la même chose. Donc c’est surtout une question d’habitudes et d’influences. J’y ai pas mal réfléchi et je pense que si je devais composer dans une autre langue ce serait l’arabe.

 

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Est-ce que la composition en anglais est plus facile pour toi ?

Oui, ça vient très naturellement. Bon, je ne parle pas parfaitement anglais mais je parle bien donc je n’ai pas de soucis pour écrire en anglais. Je parle bien arabe aussi, donc ce ne serait pas aussi un problème pour moi d’écrire en arabe. Mais comme j’écoute surtout des musiques anglo-saxonnes, l’écriture en anglais me vient plus facilement que l’écriture en arabe. Et puis, ça ne s’arrête pas à l’écriture. S’il n’y avait que l’écriture, ce serait facile. Il y a l’écriture qui manque mais aussi la façon de chanter : comment chanter en arabe sachant que j’ai l’habitude de chanter en anglais. Même si j’ai de petites intonations arabes, je suis trop habitué à chanter en anglais pour que je puisse chanter naturellement en arabe. C’est une chose nouvelle pour moi donc il faut que je m’entraine pour que ça soit naturel. Il faut que je trouve ma voix dedans car sinon ça va être un peu faux, plastique.

Justement, tu disais que ta mère était chanteuse. Elle chantait en arabe ?

Oui, elle chantait en tunisien.

Elle aussi devait faire des reprises ou elle pouvait jouer ses propres compositions ?

Elle pouvait jouer ses morceaux. Mais elle a fait deux albums -je pense- et après elle a arrêté (à cause d’histoires de famille). Mon père était violoniste et faisait partie de l’orchestre national.

Et même avec ça tu n’entendais pas trop de musiques tunisiennes et orientales chez toi ?

Si, j’en écoutais. Mais je me suis plus retrouvé dans -et donc tourné vers- la musique anglo-saxonne qu’orientale.

On m’a dit qu’on te comparait souvent à Ben Harper et à Justin Nozuka – qui sont deux de tes influences. Mais toi, comment décrirais-tu ta musique ?

Je ne sais pas. Il y a des personnes qui disent que je fais de la soul, mais pour moi ce n’est pas de la soul, c’est plus de la pop -alternative je pense. En fait, j’ai enregistré l’album d’une manière très pop alternative, un peu à l’américaine. Mais ce que je compte faire sur scène c’est de jouer les mêmes titres mais d’une manière un tout petit peu différente.

De plus te les approprier en fait.

Bien sûr, de les développer plus que ce que j’ai fait sur l’album. Ça veut dire que ça va être un tout petit peu plus minimaliste, plus sobre, un peu tribal avec des rythmes tribaux et des effets sonores aussi. Ça ne va pas vraiment être de la pop mais je ne peux pas vraiment décrire mon style. Chaque chanson a un peu un univers spécifique.

 

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Et par rapport à la composition de l’album, ça t’as pris beaucoup de temps ? Tu avais écrit certaines des chansons de l’album avant de venir en France ?

Je pense que j’avais écrit deux chansons avant de venir en France mais tout le reste je l’ai écrit à Paris.

Paris t’as inspiré ?

Oui, c’est une très belle ville, elle m’a beaucoup…pas choquée mais…en fait je ne connaissais pas la France, je ne suis jamais venu même en tant que touriste, je ne connaissais la France que via la télé. Donc je suis arrivé en France pour y vivre directement. Donc j’étais vraiment impressionné du rythme de vie. Après, il y a aussi des choses qui m’ont marqué négativement. Mais en général ça m’a pas mal impressionné et pas mal inspiré.

Tu as enregistré toutes les chansons d’un coup ?

J’ai commencé avec le 1er titre que j’ai écrit, down to the river, que j’ai enregistré avec un ami Norvégien, Stian Vagen Nilsen. On ne pensait pas que ça allait réellement donner quelque chose parce que notre intension au début c’était juste de faire une démo. Il a bien enregistré et mixé le morceau donc quand les personnes du label ont écouté le titre, ils ont vraiment été attirés par le son, par la voix, par la propreté et la qualité de la chanson. Et quelques mois après c’est passé à la radio. Et on a signé un contrat pour tout l’album. Ensuite on a enregistré l’album en deux parties : une partie à Paris et une partie à Montpellier.

Pourquoi avoir scindé en deux l’enregistrement ?

On a enregistré les instruments dans un studio parisien qui n’était plus disponible après donc on a changé de studio. On est allé dans un studio que le label connaissait à Montpellier et on a fait toutes les voix, les chœurs, etc.

 

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Tu as eu pas mal de retour sur cet album depuis ?

Oui, surtout de la part d’amis. Pour mes amis en Tunisie c’est un peu une fierté pour eux qu’un jeune Tunisien ait pris le risque de quitter ses études pour venir percer en France –quelque chose qui n’est pas sûr du tout. Je ne le considère plus comme un risque mais mes amis en Tunisie ont vraiment vu ça comme un risque et là ils sont en train de voir le résultat et ils sont impressionnés.

Est-ce que des personnes de ton entourage t’avaient dit de ne pas faire ça, que c’était une folie ?

Bien sûr, il y a des personnes qui m’ont déconseillé de faire ça. Elles m’ont donné un peu de mauvaise énergie mais bon je ne les ai pas écoutés, je n’ai écouté que ce que ma tête et mon corps me disaient.

D’ailleurs, maintenant que tu te fais connaître en France, est-ce que tu aimerais faire des collaborations avec des artistes, notamment Français ?

Certainement oui, ce serait un réel plaisir de faire un duo, un morceau ou même une collaboration sur scène. J’aimerais bien collaborer avec une artiste que j’aime beaucoup qui s’appelle Salomé Leclerc et Yael Naim (je l’ai vue en concert et j’aime beaucoup son univers, son style, je respecte ce qu’elle fait donc si l’occasion se présente pourquoi pas faire un titre ou un duo).

Et dans l’absolu Ben Harper.

Oui mais ça s’est loin. Dans l’absolu, ça fait partie de mes rêves. Si ça se réalise un jour ça serait un grand pas pour moi. Je pense que c’est très loin pour moi mais on ne sait jamais ce qui peut nous arriver dans la vie.

Il y a pas mal d’artistes qui pense que de faire la Cigale ou l’Olympia est le symbole de leur accomplissement musical. As-tu quelque chose qui représenterait l’accomplissement musical pour toi ?

Non, je pense qu’on n’est jamais musicalement accompli. En tous cas, ce n’est jamais fini avec la musique. Je pense que tu parles peut-être plus de notoriété là. Bien sûr que si un jour j’arrivais à remplir l’Olympia ou la Cigale, ça voudrait dire que j’ai beaucoup et bien travaillé et que j’aurais fait une grande partie du chemin menant vers mon but final. Ça veut dire que si j’arrive à remplir de telles salles, ça signifie que j’ai fait un bon chemin, même s’il reste encore du chemin à parcourir, une grande partie du chemin a déjà été faite.

Est-ce que des dates de concert sont déjà prévues ?

Pour le moment, on attend avec le label de trouver un tourneur mais je pense que ça va venir dans pas longtemps. Mais je pense que les dates seraient plutôt en printemps-été 2014. Normalement, je vais jouer le 6 avril à Jazz à Carthage. On attend les tourneurs pour connaître réellement les dates. On est parti en tournée en Norvège en mai 2013 pour 5 dates et un passage radio. C’était très bien parce que c’était une petite tournée à Oslo, c’était une tournée pas prévue. On l’a planifiée au dernier moment. J’y suis allé avec des musiciens Français (pas ceux qui ont enregistré l’album) très sympas. On a passé un bon moment et on s’est fait un petit public norvégien.

Même si ton album est sorti il y a peu, continues-tu à écrire, composer, ou pour le moment tu préfères te focaliser sur cet album et tes concerts ?

Il faut vraiment que je me concentre sur cet album. C’est comme si tu faisais à manger et qu’à la place de manger le plat tu commences à faire un autre plat. C’est la même chose. J’ai vraiment envie de travailler sur cet album. Mais ce que je veux faire, ce que je t’ai expliqué tout à l’heure, j’ai envie de présenter cet album à l’image du 2nd album.

Donc tu as déjà des idées de comment sera ton 2nd album ?

Oui, mais pas des chansons. J’ai des mélodies, des idées incomplètes, pas terminées. Mais je commence un peu à travailler sur le style du 2nd album, pas sur les chansons. Je travaille sur l’univers et pas sur les paroles, etc pour le moment. Ça viendra naturellement et progressivement après que j’ai trouvé le style, la direction du 2nd opus. C’est pour ça que je te disais tout à l’heure que je vais jouer mon 1er album suc scène mais d’une manière un peu différente qui va me ramener au style de deuxième album. Finit la guitare acoustique, sèche, de chanter juste en acoustique. Musicalement il y a beaucoup de choses qui se développent aujourd’hui : électro, etc. Et puis, j’écoute beaucoup moins Ben Harper, seulement une à deux fois par mois. J’ai découvert d’autres artistes qui m’intéressent plus musicalement, même dans leur manière d’écrire car ils ont un peu cassé les règles. Ça m’impressionne donc j’ai envie d’aller dans cette direction.

 

J'espère que cette interview vous aura permis de mieux découvrir cet artiste. un grand merci à Nour.


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