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Le blog d'electric girl

Interview de BRNS, quatuor pop belge déjanté

16 Novembre 2014, 23:45pm

Publié par electric girl

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Jeudi dernier, j’ai pu interviewer BRNS à l’occasion de leur concert à L’Autre Canal avec PAON en 1ère partie et organisé par Off Kulture (qui organise d’ailleurs en ce moment un crowdfunding pour améliorer leur matériel pour les lives qu’ils organisent – lives at home).

 

BRNS -prononcez « brains » (cerveaux en anglais)- est un quatuor belge actif depuis le début des années 2010. Ils sont en pleine propulsion grâce à leur vrai 1er album Patine (sorti le 20 octobre en France, le 10 en Belgique). Les Inrocks l’ont même qualifié de « plus grand groupe de pop belge ». En réalité, Patine est d’avantage un joyeux mélange de pop et de rock alternatif toujours très rythmé. Ils semblent d’ailleurs beaucoup aimer les expérimentations musicales (mélanges et utilisations détournées d’instruments). Un peu à la manière de War Room Stories (Breton), on peut trouver dans Patine une très large palette musicale, de quoi ravir le plus grand nombre.

 

C’était leur 2nd concert à Nancy mais la première fois que je les voyais sur scène.

La première fois qu'ils étaient venus à Nancy, c’était en 2012, au moment de la sortie de Wounded, donc je n’étais pas encore là.

 

Je les ai interviewés en loge en fin d’après-midi, après les balances, donc bonne ambiance de pré-concert.

Pour resituer qui est qui : Tim (chant, batterie), Diego (guitare), César (xylophones, cloches, synthés, percu), Antoine (basse et claviers)

 


Comment a commencé le groupe ? Vous aviez déjà la volonté d’en faire un groupe pro ou c’était plutôt un groupe entre potes ?

 

Tim : On ne voulait pas du tout faire un truc pro à la base. On se connaissait déjà Antoine, Diego et moi. On a commencé à trois au début. Les compositions étaient vraiment personnelles. On avait eu pas mal de groupe avant mais où on n’était pas spécialement à la composition.


Vous faisiez des reprises etc dans les autres groupes ?

 

Antoine : Non, on faisait une sorte de backin band d’un groupe mi-corse, mi-breton.


(Rires) ça doit être haut en couleurs.

 

Antoine : Ouais. Et c’était compliqué de faire notre propre musique. On a voulu un peu s’affranchir de ça, prendre les rênes de la composition.


Tim : Ce qu’on a fait.


En 3 mots, comment définiriez-vous votre musique ?

 

Tim : ça s’est plutôt pour Antoine.

 

Antoine : Euh…

 

Diego : Tortueux.

 

Antoine : Ouais, je voulais dire quelque chose comme dénivelé mais tortueux c’est bien.

 

Tim : (rires) Une sorte de pop tortueuse.

 

Diego : Tortueux, coloré et…

 

Antoine : Brumeux.

 


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Quelles sont vos influences musicales majeures ? Avez-vous des goûts musicaux très différents ? Par exemple, un aime les musiques africaines et l’autre le hard rock ?

 

Antoine : Ouais, c’est un peu ça.

 

Tim : Pas totalement, on se retrouve quand même autours de la pop mais on a des différences de groupes favoris, etc. Il y en a qui écoutent des trucs plus hip hop, d’autres plus rock, etc. On écoute vraiment de tout : de la musique électronique, etc.

 

Diego : C’est difficile de dire. On ne se rapproche pas d'un groupe en particulier. Après, il y a des groupes dont on est proche soit dans l’attitude soit dans la musique d’après certains. Aux débuts du groupe, on disait tout le temps Menomena, Animal Collective, etc.

 

J’ai vu que selon les inrocks ce serait plutôt les Foals et The Rapture.

 

Tim : Ouais, mais ce ne sont pas vraiment nos influences.

 

Diego : Les journalistes trouvent des ressemblances.  Mais ce n’est pas en écoutant ces groupes-là qu’on s’est dit qu’on allait faire un groupe.

 

Tim : Par contre on a tous bien découvert Radiohead quand on était ado. C’est un peu notre influence commune.

 

Diego : Moi pas vraiment.

 

Tim : Ah bon ?

 

Diego : J’ai écouté Ok Computer pour la première fois il y a deux ans.

 

(Rires -un peu choqué- des autres membres du groupe)

 

Tim : Toute la théorie tombe à l’eau du coup (rires).

 

Diego : C’est pas un groupe que j’écoutais à fond.

 

Antoine : Il y a deux ans ! Donc après deux ans de BRNS quoi…

 

Diego : Il y a peut-être trois ans mais ouais.

 

Antoine : T’exagères pas là Diego ?

 

Diego : Non, c’est vrai.

 

Antoine : Tu veux pas plutôt faire ton intéressant là ? (rires)

 

Tim : « J’étais intelligent avant d’écouter Radiohead » (rires)

 

 

Ils ont fait un classement comme ça il y a peu –je crois que ça a été fait par des chercheurs du MIT – sur les musiques qui rendaient le plus débiles ou qui supposaient le QI le plus faible de la part des auditeurs. Je crois que vers le bas du classement on retrouve des trucs du type Beyoncé, Kanye West, etc.

 

Tim : Il y a pire que Kanye West : il y a Crazy Frog, Clara Morgane, David Guetta, etc. Kanye West est quand même un bon producteur. Bon il a une tête de con, il faut le dire…

 

Oui, c’est sûr qu’il y a largement pire. Après, ce n’est pas moi qui ait fait l’étude... Pour en revenir au sujet de départ, vous avez choisi de chanter en anglais grâce à vos influences musicales anglo-saxonnes ?

 

Antoine : On est plutôt tourné vers le son US. Comme on ne parle pas très bien anglais, c’est plus facile.

 

Comme ça vous pouvez avaler des syllabes, etc.

 

Tim : C’est plus facile dans la pop, tu n’es pas obligé de tout articuler, sinon on voit que tu ne parles pas anglais (rires).

 

 

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Comment se passe la composition ? Chacun participe dans tout ou chacun a son propre domaine de compétences ?

 

Tim : Tout le monde participe. Surtout sur le dernier album, notre premier vrai album en fait, Patine. On a vraiment tous mis la main à la pâte parce qu’on avait vraiment envie d’avoir une dynamique de composition de groupe et pas juste un chanteur qui se ramène avec des paroles, des musiciens qui se ramènent avec leurs propres accords, etc.

 

Votre « 1er album », Wounded, avait été encensé par la critique. Les inrocks vous avaient qualifié de « plus grand groupe de pop belge ». Cela vous a-t-il mis une pression supplémentaire pour réaliser Patine ? Est-ce que vous vous êtes souciés de ce que pensaient les fans de la 1ère heure en composant Patine ? Ou vous vous êtes focalisés sur les sonorités qui vous plaisaient, etc ?

 

Antoine : Non, non, on savait à peu près ce qui allait se passer. On avait un single, Mexico, et on savait que.. euh…

 

Que le 1er disque allait être porté par ça ?

 

Antoine : Oui et que…

 

Diego : On ne le savait pas au départ.

 

Au moment de l’enregistrement, vous ne saviez pas que le disque serait porté par Mexico, c’est

ça ?

 

Tim : On ne le savait pas, on n’avait même pas prévu que ce soit le single.

 

Antoine : Quand on a composé non, mais à un certain moment on s’est rendu compte que Mexico marchait mieux que les autres. On ne s’y attendait pas  mais à un certain moment on s’est aperçu que c’était le morceau le plus évident, celui qui passait le plus en radio.

 

Et finalement c’est aussi le morceau le plus pop, pas vraiment le plus simple mais le plus catchy de l’album.

 

Tim : Si, si, au niveau de la composition etc c’était le plus simple.

 

Ça me fait penser à Breton qui passe bientôt ici. La chanson la plus connue et qui marche le mieux de War Room Stories reste Envy et c’est le titre le plus abordable, le plus pop de l’album, un peu comme Mexico.

 

Tim : Oui c’est ça.

 

Est-ce que vous pensez que c’est la pop actuelle qui veut ça ?

 

Tim : C’est comme ça depuis que la pop existe. Les codes de la pop exigent ce genre de choses.

 

Antoine : D’ailleurs ça se vérifie pendant les réunions avec les radios, etc. Tu leur passes des morceaux et on te dit que le refrain vient trop tard, que c’est pas assez catchy.

 

Oui, si ça ne fait pas trois minutes, etc ils n’en prennent pas.

 

Antoine : Oui. Déjà nous c’était un faux single parce qu’il dure 5 minutes, c’était beaucoup trop long pour certaines radios mais on n’a pas voulu faire de version radio donc on a toujours laissé ça à 4min52 je crois, un truc comme ça. Et donc on savait très bien que sur ce disque, pour en revenir à ta question de départ, on allait perdre des fans de Mexico qui allaient se demander pourquoi on faisait cette musique-là alors que même sur le premier il y a déjà des choses un peu similaires. Donc on n’a pas vraiment changé le fusil d’épaule, on reste inscrit dans la même lignée. C’est juste qu’on n’a pas reproduit le même single. Si un jour on a envie de faire une chanson très pop, limpide, on la fera mais ce n’est pas notre but premier et ça ne s’est pas présenté comme ça. Donc on n’a pas créé de single super fort, en tous cas dansant, joyeux. Mais ça ne nous a pas du tout stressé ou quoi. Est-ce que t’as envie de toujours servir la même soupe aux gens ? Non. On préfère les prendre un peu à rebrousse-poil, tu vois. Je crois que c’est plus intéressant de diversifier un peu notre formule.

 

Parce que Patine est un peu plus un joyeux mélange de styles musicaux, si l’on veut. De la pop, du rock alternatif, des touches électros.

 

Tim : Il n’y a pas vraiment d’électro, à part le synthé, donc notre musique est plutôt électro à 0,5%.

 

L’album vient de sortir (20 octobre en France et le 10 en Belgique), plusieurs singles et clips sont sortis. Avez-vous eu déjà pas mal de retour (notamment des fans de la 1ère heure habitués à des sonorités plus dansantes) ?

 

Antoine : Ils ne viennent plus (rires).

 

Tim : On garde quand même une très bonne critique en général. On peut s’estimer vraiment chanceux sur ce point. Après, il y a certains fans plus pop, plutôt les fans de Mexico, qui nous ont lâchés. Mais on s’y attendait un peu. En fait, dès le premier « single » de Patine, Void, on savait très bien qu’on voulait annoncer la couleur, dire que l’album allait être beaucoup plus sinueux.

 

 

 

 

 

C’était un choix totalement délibéré.

 

Tim : Oui. Quand on a fini la composition de Patine on s’est rendu compte tout simplement que toutes les chansons qu’on avait composées étaient beaucoup moins catchy.

 

Diego : Il y a quand même une continuité parce qu’il y a un ou deux morceaux qui, s’ils avaient été finis à temps auraient pu se trouver sur Wounded.

 

Tim : Oui, ce n’était pas voulu mais on s’est juste rendu compte qu’on était allés de nous-même, automatiquement, vers quelque chose de beaucoup plus sinueux et on voulait annoncer ça au public et on savait qu’on allait perdre certains de nos fans.

 

Antoine : Et on savait aussi que l’album allait être assez long. Par exemple, le premier disque faisait 35 minutes, c’est passable. Ici, ça fait 55 minutes, c’est quand même long. Donc on savait très bien que pour que les gens se plongent déjà dedans, ça n’allait pas être évident. Et ça a été le cas. Si les gens ne prennent pas vraiment la peine de faire l’effort de plusieurs écoutes, c’est relativement indigeste et on peut très bien le comprendre. Après, voilà. Ça dépend vraiment maintenant des retours, en fonction du public. Le public très pop ne va évidemment pas trop vouloir se plonger dedans. Parfois ils le font, ils écoutent plusieurs fois et se rendent compte que ça leur plait au final. Mais ça reste assez rare car ça demande un certain investissement.

 


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Avez-vous un titre préféré de l’album en studio ? en version live ?

 

Tim : Le morceau qu’on préfère jouer en live c’est le final tout simplement parce que c’est la fin du concert et que tu peux aller boire des chopes après (rires). C’est surtout une sorte d’apothéose du concert, il y a plus d’énergie. C’est le titre Our lights, le dernier titre de l’album également.

 

Diego : C’est surtout qu’il y a certains arrangements, peaufinages faits sur des morceaux en studio qu’on ne peut pas reproduire exactement sur scène.

 

Donc vous avez dû modifier pas mal de morceaux pour les adapter à la scène ?

 

Tim : Non pas trop au final.

 

Antoine : My Head, le single de Patine, marche bien en live aussi. C’est cool parce qu’on la joue déjà depuis un certain temps et c’est vraiment en concert qu’on s’est rendu compte que ça pouvait devenir un single vu que ça marchait super bien même quand le public ne la connaissait pas du tout.

 

 

 

 

 

Justement pour revenir sur My Head, le clip a été réalisé par Nautico et fait pas mal parler de lui en ce moment. Est-ce que vous leur avez laissé carte blanche ou vous avez joué un rôle dans la réalisation ?

 

Antoine : Non, on leur a donné une carte blanche totale. On les a même jamais rencontrés. C’était juste des échanges de mails et puis de la confiance.

 

Est-ce que vous trouvez qu’ils ont réussi à retranscrire l’univers de la chanson ?

 

Antoine : En fait ils étaient vraiment emballés par cette chanson-là. Puis, on s’était un peu mis d’accord sur l’ambiance générale du truc. Ils nous ont ensuite envoyé un pitch qu’on a validé. Et puis ils ont réalisé le clip avec leurs moyens.

 

Vous êtes en pleine tournée franco-belge. Est-ce que vous voyez des différences entre les deux publics ? C’est un terrain peut-être moins conquis vu que vous avez fait un peu le tour de la Belgique ?

 

Diego : Non, c’est plutôt l’inverse en fait. On a surtout joué en France car il y a plus de grandes villes et pas mal d’occasions de jouer. Donc on a déjà fait peut-être une centaine de dates en France. Après, je ne sais pas s’il y a vraiment de grandes différences entre les deux publics.

 

Tim : C’est difficile à dire, il y a plus des différences entre les régions qu’entre les pays. J’ai l’impression que généralement vers la Bretagne ça se passe super bien pour nous, dans le nord aussi, à Paris aussi contrairement à la réputation qu’a parfois le public parisien pour nous c’était chaque fois très cool.

 

Antoine : Même là le sud a été super cool.

 

Tim : Oui, c’est vrai cette année on est allé dans le sud et c’était vraiment cool.

 

Cool, je suis niçoise donc heureuse de voir que l’honneur du Sud est sain et sauf (rires)

 

Tim : Ben, c’est moins évident. Ça n’a pas pris tout de suite, mais là c’est bon.

 

Antoine : Par contre, on n’a jamais encore pu aller à Nice.

 

Ce sera pour une prochaine fois. Vous faites aussi des concerts dans d’autres pays européens (Angleterre, pays de l’Est).

 

Diego : On a adoré jouer en Angleterre, en Europe Centrale et en Europe de l’Est donc on espère y rejouer. On va peut-être aller dans le nord de l’Europe aussi.

 

Avez-vous envie de jouer hors des frontières européennes ? Si oui, où ?

 

Antoine : Oui, aux Etats-Unis par exemple.

 

Diego : Le Japon et le Canada aussi. Ça pourrait être chouette.

 

Et au Japon vous pensez que votre musique peut plaire ? Je sais qu’ils sont fans de certains groupes pop français (Phoenix, …).

 

Tim : ça on sait jamais mais je pense que oui parce qu’ils aiment tout.

 

Diego : Ils peuvent se prendre des trips sur à peu près tout donc autant tenter notre chance.

 

Tim : Comme l’Amérique Latine, c’est un peu pareil. Des fois ils flashent sur un truc, par exemple un groupe français qui ne marche pas du tout en France et qui explose là-bas.

 

Diego : Le gros exemple c’est Tahiti 80 qui sont des supers stars attendues au pied de l’avion et tout.

 

Antoine : C’est le cas d’école quoi.

 

César : D’où l’expression « je suis le roi au Japon ».

 

Tim : Tu veux dire un sumo.

 

César et Antoine : Mais non, « I’m king in Japan ».

 


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De haut en bas, de gauche à droite : Antoine, Tim, César et Diego

 

L’album vient juste de sortir. Est-ce que vous pensez déjà à de futurs projets (écriture, etc) ou vous préférez vous focaliser sur la tournée actuelle ?

 

Diego : Disons qu’on parle déjà entre nous de quand on aura un peu de temps, peut-être d’ici un mois ou deux de peut-être recommencer tout doucement à composer. Parce qu’en fait il y a certaines chansons qu’on joue là et qui sont sur l’album mais ça fait déjà deux ans qu’on les joue en live. Donc voilà, il y a un peu un décalage.

 

Tim : Donc là je pense qu’on sera content de se repencher sur l’écriture du suivant. Mais bon pour le moment on profite quand même de la tournée.

 

Antoine : Oui parce qu’on aime vraiment faire des concerts, faire vivre notre musique sur scène.

 

 


Un grand merci à Tim, Antoine, Diego et César.

Si vous ne les avez pas encore vus en live, courez-y ! Et si vous n’avez pas encore entendu Patine, je vous en conseille vivement l’écoute (approfondie donc).

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