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Le blog d'electric girl

Interview de Morgane Imbeaud (Cocoon) pour Les Songes de Léo

1 Décembre 2015, 13:57pm

Publié par electric girl

Interview de Morgane Imbeaud (Cocoon) pour Les Songes de Léo

Il y a quelques semaines j’ai eu la chance de pouvoir interviewer la douce et très sympathique Morgane du duo Cocoon pour son nouveau projet Les Songes de Léo, un conte musical illustré par Christophe Chabouté et co-écrit avec Jean-Louis Murat. Le projet est composé d’un spectacle, d’un livre illustré et d’un album sortis en début de mois.

Découverte de ce projet et de son parcours au travers d'une interview très instructive :

Electric Girl : Quand est né ce projet ? Avant même Cocoon ?

Morgane Imbeaud : Ce projet est arrivé un peu par hasard mais j’ai toujours voulu lier la musique à un côté visuel. Avant même de faire de la musique, j’aimais déjà le lien entre la musique et l’image, pas forcément avec des chansons mais des petits thèmes de piano, des rythmes de guitare, peu importe. Là j’étais plutôt à la recherche de mélodies, de choses qui se retiennent bien mais pas vraiment de chansons. Du coup ce projet est pour moi en quelque sorte un prétexte pour me décoincer, me libérer des codes et faire la musique de ma propre histoire et voir comment ça évolue.

J’ai commencé à refaire des thèmes de piano il y a deux ans, ensuite j’ai refait pleins de chansons, j’ai même récupéré des chansons que j’avais écrites il y a 3 ou 4 ans et que j’aimais bien mais que je n’avais jamais pu exploiter, que je n’avais jamais sorties même avec Cocoon parce ça ne correspondait pas au groupe. Je ne savais pas trop où les ranger. Je les ai donc mises dans ce projet où je voulais raconter une histoire mais surtout dégager un peu d’émotion, des ressentis à travers chaque thème et chaque chanson, pas forcément quelque chose de narratif à la base mais essayer de décrire mon ressenti sur certains états. J’avais du mal à exprimer cela avec des mots donc j’ai préféré l’exprimer à travers la musique. J’ai commencé à écrire une dizaine de petits chapitres que j’ai ensuite mis bout à bout. Au départ ça ne voulait rien dire mais ensuite j’en ai fait une histoire.

E.G. : L’histoire est donc née après la composition des titres ?

M.I. : Un peu en même temps. Au départ j’avais vraiment des images en tête avec une petite continuité, comme des tableaux. J’ai des idées d’un personnage mais je ne savais pas trop encore sous quelle forme. Et d’un coup je me suis dit que ce serait bien de lier toutes ces émotions et d’en faire une histoire. Je ne voulais pas la raconter à la première personne parce que je voulais que l’histoire puisse parler à tout le monde et que chacun puisse inventer sa propre histoire. Donc mon travail ensuite a plutôt été de faire en sorte que tout le monde puisse s’approprier cette histoire. D’où le choix du personnage de Léo. J’ai un chat donc ce n’est peut-être pas un hasard si Léo est un homme chat (rires) et je voulais essayer de faire quelque chose de très simple pour pouvoir cacher pleins de messages dedans sans les dévoiler de prima bord. En ayant grandi, avec mon regard actuel de jeune adulte, j’ai osé raconter cette histoire et j’ai appris à me dire que je l’assumais et que j’avais enfin envie de la montrer au grand public et de faire en sorte que les gens soient rassurés à ce sujet : qu’on connait tous la solitude, le rejet à un moment de sa vie, que c’est très important et qu’il faut oser en parler et arrêter d’en faire des montagnes. Et à la limite si on n’ose pas en parler on sait qu’on n’est pas seul à vivre cela.

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E.G. : Tu dis que c’est ton recul de jeune adulte qui t’a permis de parler de ça. Est-ce que l’expérience Cocoon t’as aussi aidé à franchir ce cap ? Aurais-tu pu faire cela à l’époque ?

M.I. : Non car je manquais vraiment de recul à cette période. Je ne savais pas comment l’aborder. Au début de Cocoon j’avais seulement 18 ans. C’est en murissant pendant toutes ces années, avec les expériences qu’on a vécues et le fait que je me sois sentie heureuse avec Cocoon, ça m’a permis d’avoir plus de recul pour mieux aborder mes angoisses antérieures.

E.G. : On pense souvent à la solitude de l’artiste, le fait d’être à la fois entouré de plein de monde mais d’être souvent loin de ses proches. Tu étais en duo donc ça a peut-être été moins ressenti mais est-ce que cette expérience a aussi nourri ce projet ?

M.I. : Oui, en duo on ressent un peu moins cette solitude mais cette expérience m’a énormément inspirée pour les songes de Léo. A cette époque je ne savais pas trop où j’allais. J’ai rencontré Marc lorsque je finissais le lycée à 18 ans, à une époque où on se demande tous ce qu’on va faire plus tard. Tout est allé très vite après cette rencontre et je me suis dit « c’est quand même génial parce que je démarre directement ma nouvelle vie d’adulte avec déjà un but et en me réalisant dans ma passion ». Du coup ça m’a permis d’apprendre énormément de choses. J’ai toujours été « le bébé », la plus jeune de la bande donc j’ai vraiment appris à grandir avec eux. En tournée on était environ une 12ène sur la route et c’est très difficile d’être loin de chez soi. Je suis de Clermont Ferrand, j’ai vécu 3 ans à Paris et je suis rentrée chez moi parce que je me disais qu’au final notre passion devient notre métier et on nous fait croire qu’il n’y a rien de plus important que ça alors que si : il y a la famille, les amis, etc. J’ai besoin de voir mes proches, de vivre des instants « normaux » avec eux (sorties, etc) parce que c’est ça la vie. En vieillissant je réalise que je suis très heureuse dans ce que je fais mais qu’il fallait juste apprendre à lever le pied de temps en temps et à retrouver ses proches parce que c’est indispensable. La musique peut s’arrêter demain mais eux ils seront toujours là. J’ai parfois un peu regretté mes années à Paris parce que j’ai loupé des moments de famille importants et je me rends compte maintenant que ce sont des choses qui m’ont vraiment manquées, en sachant que je n’avais pas le choix : j’avais cette passion donc je faisais tout passer en second plan par rapport à la musique et il faut apprendre à faire le contraire je pense.

E.G. : Et maintenant tu es à Clermont Ferrand, c’est ça ?

M.I. : Oui, tout à fait et je fais beaucoup plus passer mes amis et ma famille avec la musique. J’arrive à m’organiser et au final je n’ai jamais autant fait de musique que maintenant.

E.G. : On pense souvent qu’il faut absolument être à Paris pour faire de la musique mais au final avec internet etc plus vraiment.

M.I. : C’est bien d’être à Paris parce que tout se passe là-bas, c’est plus facile. Mais j’avais du mal à composer à Paris. Avec internet, je peux me permettre de composer à Clermont sans être gênée : je peux tout de même échanger, partager ma musique, collaborer avec d’autres personnes. Mon changement de ville n’a pas été un frein au final. C’est un des gros avantages d’internet : on peut travailler partout facilement. Donc si j’ai envie d’aller à la campagne un weekend pour prendre du recul –ce que j’avais fait pour composer les songes de Léo car j’avais besoin de faire le vide et de ne rien avoir autours de moi- c’était très plaisant et productif. Et c’est comme ça que je suis heureuse et productive. Je suis contente de ce que je fais, surement je n’arrivais pas à le dire avant mais maintenant je me sens davantage épanouie.

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E.G. : Sur ce projet tu t’es entouré de deux comparses : Christophe Chabouté et Jean-Louis Murat. Comment s’est faite la rencontre avec ton co-auteur ?

M.I. : Jean-Louis Murat vient aussi d’Auvergne donc j’ai toujours beaucoup entendu parler de lui, je me demande même si on n’avait pas des amis en commun ou autre. Donc la rencontre s’est faite facilement. On avait travaillé ensemble sur un album en 2007, j'avais 20 ans à l’époque donc j’étais toute timide. Et je l’ai retrouvé après sur son dernier album parce qu’on s’était vu à un concert et il faisait un album avec des personnes de Clermont-Ferrand et m’a demandé si je voulais venir faire les chœurs donc je lui avais dit « oui, pourquoi pas ». Et ça c’était très bien passé du coup il m’avait demandé de venir sur une date importante qu’il avait à Paris parce qu’il voulait réunir tous les gens de l’album. Au final j’ai fait quelques dates de tournée avec lui en plus et là j’ai osé lui parler du projet. Il y avait des chansons que j’avais écrites en anglais que je voulais réécrire en français et que je n’arrivais pas du tout à les retravailler car je les avais tellement bien ressenties en anglais que j’avais du mal à trouver les bonnes sonorités en français. Et il a très bien réussi à faire cette transition. Je lui avais donné une chanson, donc un chapitre, en lui disant que je voulais la retravailler pour exprimer le même ressenti mais en français et il l’a extrêmement bien fait. Il a su me toucher là où je n’imaginais pas être touchée. Je pense qu’il m’a très bien cernée et qu’il me connait mieux que moi-même parfois. De là est née cette collaboration sur six textes : je lui donnais les chapitres en lui disant « au secours » (rires). Et il y a deux morceaux que j’ai écrits toute seule en français et que je lui ai quand même fait valider pour que ce soit cohérant. J’avais vraiment peur du ridicule et il m’a appris à passer outre, à arrêter de me demander ce que les autres allaient en penser et à comprendre que l’important est que ça me plaise et d’oser. On hésite beaucoup plus en composant en français, on se pose pleins de questions sur des détails pour être sûr d’être compris, alors que c’est comme rédiger en anglais finalement.

E.G. : Oui mais le public Français ne comprends pas forcement l’anglais donc c’est parfois plus facile de composer en anglais. Et on dit souvent que les sonorités anglo-saxonnes sont plus faciles à mettre en musique.

M.I. : Pas vraiment au final. Pour des formats pop c’est parfois plus adapté. C’est pour ça que certains titres sont restés en anglais parce que dans la construction de la chanson tout était adapté à un texte en anglais et je trouvais ça plus beau. On n’a généralement pas du tout la même façon de chanter suivant les langues et il y a des chansons que j’ai préféré garder en anglais pour cette raison car en français l’émotion aurait sonné différemment.

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E.G. : Et pour l’illustrateur -Chabouté- comment s’est faite la rencontre ?

M.I. : Quand je suis allée vers lui, j’avais déjà une petite idée de ce à quoi devait ressembler Léo, un petit homme-chat auquel il manque une oreille. J’étais un peu tombée amoureuse de Tout seul, une bd de Chabouté qui raconte l’histoire d’un homme qui vit dans un phare, qui est assez moche et qui est tout seul et on se prend d’affection pour ce personnage.

E.G. : ça rejoint un peu l’idée de Léo qui est rejeté à cause de sa différence physique.

M.I. : Exactement. Du coup je me suis dit que ce serait parfait de collaborer avec lui pour illustrer le CD. Je m’étais renseignée et j’avais vu qu’il ne travaillait avec personne donc je me suis dit que c’était un peu un challenge mais je voulais quand même tenter ma chance. Donc je lui ai envoyé des maquettes que j’avais faites, la 1ère version de l’histoire et par chance il m’a répondu. Je ne m’y attendais pas du tout au début. On a beaucoup échangé pendant deux semaines, surtout par mails : il avait beaucoup de questions sur l’histoire, sur ce que je voulais dire à tel moment et pourquoi. Je suis rentrée dans une discussion très personnelle avec lui, sachant que je ne le connaissais pas. Mais il fallait qu’il comprenne le personnage de Léo pour le dessiner. Et après ça a très bien fonctionné : quand il m’a montré les premiers dessins c’était exactement ce que je voulais, ce que j’imaginais. Du coup on a continué à travailler ensemble et il y a eu l’idée du livre. Au départ je voulais faire une bd mais ça nous aurait pris 104 ans je pense (rires). Et je me suis dit que ce n’était pas le but que ça prenne autant de temps donc que ce serait un livre illustré.

E.G. : Et comme tu n’étais pas sûre de sa réponse au départ, avais-tu contacté d’autres dessinateurs ou tu voulais vraiment que ce ne soit que lui ?

M.I. : Je n’ai pas demandé à d’autres personnes parce que je voulais vraiment que ce soit lui. Sinon j’aurais fait cela avec ma sœur car elle dessine très bien et qu’elle me connait bien. Elle aussi aime beaucoup Chabouté et je me suis dit qu’on pouvait tenter, au pire j’aurais eu un refus mais ça s’est passé au mieux (rires). Et je n’ai vraiment pas pensé à d’autres dessinateurs pour faire cela.

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E.G. : Pour en revenir à l’histoire, pourquoi avoir choisi d’appeler le personnage Léo ? Parce que c'est un prénom très commun donc tout le monde peut s’identifier à lui ?

M.I. : En fait je ne m’en suis pas aperçu au départ. Je n’ai pas d’enfant mais j’ai eu un peu la même réflexion que si j’avais dû donner un nom à un enfant. J’aime beaucoup les prénoms courts et je trouve les noms commençant par un L très beaux. Je ne sais pas pourquoi je suis tombée sur Léo. J’ai essayé de lui trouver un autre prénom à un moment et je n’y suis pas arrivée. Je me suis dit que ce prénom lui correspondait parfaitement. Maintenant je me rends compte que c’est assez commun mais j’y ai pas du tout pensé à ce moment-là. C’est vraiment venu naturellement. Je trouve que ça lui va bien et je ne voyais pas d’autre prénom pour lui. Il n’a d'ailleurs même pas de deuxième prénom.

E.G. : Dans cette histoire, tu parles de la solitude à travers la difformité physique du personnage. Est-ce que le message passe mieux selon toi ainsi qu’avec un personnage ayant une différence d’ordre mental par exemple, notamment pour les enfants ?

M.I. : Je n’y ai pas vraiment réfléchi au moment de la création du personnage. Le choix de l’oreille c’était surtout une référence à l’oreille interne et à l’équilibre, surement au métier de musicien aussi. Je n’ai pas voulu lui enlever un bras ou qu’il ne sache pas parler par exemple et l’oreille est venu comme une évidence. Je ne voulais pas que ce soit une grande différence non plus parce que les gens ont beaucoup d’aprioris et que le but de cette histoire était d’arriver à toucher une majorité de personnes par des choses simples. Les personnes ont peur et c’est dommage, le message de Léo c’est d’arrêter d’avoir peur de l’autre. Mais si Léo avait été handicapé ou trisomique par exemple les lecteurs ne l’auraient pas perçu de la même manière et le message aurait eu malheureusement plus de mal à passer. Je voulais parler de la différence en général sans en cibler une en particulier.

E.G. : Tu as écrit cette histoire sous forme de conte. Etait-ce pour toucher davantage les enfants ?

M.I. : Pas vraiment. C’est une histoire qui va parler aux enfants mais avant de toucher les enfants il faut qu’elle touche les parents. J’ai écrit cette histoire en tant qu’adulte avec les peurs d’enfance qu’on garde toute sa vie. C’est un peu l’adulte enfermé dans ses certitudes. On n’a pas ce regard un peu naïf et j’ai l’impression autours de moi qu’il y a beaucoup de personnes -que ce soit de 20, 30, 40 ou 50 ans peu importe- qui ont toujours peur de la peur. C’est un cercle vicieux. Et je voulais banaliser ce phénomène, montrer que les sentiments tels que le rejet, l’angoisse d’être seul, le renfermement sont des sentiments que tout le monde traverse enfant pour passer à l’âge adulte. Donc c’est surtout dédié aux parents qui ont peur d’affronter les angoisses de leur enfance qui leur restent maintenant.

E.G. : Et qu’ils puissent transmettre aux enfants les bonnes manières de régir ?

M.I. : Oui, qu’ils puissent d’abord eux se rendre compte de ces peurs là car pour aborder ce thème avec les enfants il faut d’abord qu’ils les acceptent de leur côté. Mais c’est tout public et assez intemporel à mon avis. On est dans un monde où tout le monde a peur de l’autre et ça prend des proportions surdimensionnées. On est dans un monde très anxiogène et il faut arrêter de se renfermer sur soi-même, il faut en parler pour le banaliser et arriver à passer outre. Tout le monde a peur, c’est normal, ça fait partie de l’homme comme manger et dormir et il faut dépasser cela.

E.G. : Oui, c’est sûr que cela nous permettrait de vivre dans des environnements plus seins. Du coup, en ce moment, tu te concentres uniquement sur ce projet ?

M.I. : Pour le moment j’ai plein de trucs prévus. Depuis qu’on est en pause avec Cocoon je ne me suis pas tourné les pouces. J’ai aussi un autre projet en duo encore (rires), je ne fais pas exprès mais c’est un format qui me convient bien. Ça va arriver un peu plus tard, là on commence les concerts et ça se passe bien.

E.G. : Et pour Cocoon, je ne pense pas que vous vous soyez donné de date ou quoi mais est-ce que vous pensez déjà à refaire un projet sous ce nom ? Ou tu considères que ça appartient plutôt au passé ?

M.I. : Je ne sais pas quand on relancera quelques choses pour Cocoon mais on le fera surement quand on aura le temps, surtout pour les compositions. Je me suis beaucoup concentré sur Léo pendant deux ans, je n'ai quasiment fait que ça pendant cette période, j’ai composé pleins de chansons pour ce projet et Mark a fait son projet solo et en prépare un autre. On attendra le bon moment quand les chansons commenceront à s’écrire et qu’on se dira « ah ben ça s’est plus pour du Cocoon » (rires). Rien n’est fermé en tous cas.

 

Un grand merci à Morgane et à Victoria pour cette interview ! 

Morgane sera en tournée l'année prochaine pour ce projet avec une date le 10 février à l'alhambra (Paris).

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