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Le blog d'electric girl

#ThisDoesntMeanYes : luttons contre le harcelement de rue quotidien

8 Mai 2015, 15:50pm

Publié par electric girl

 

Je sais que ce sujet ne rentre pas vraiment dans le cadre de mon blog mais c'est un sujet qui me touche particulièrement (notamment en tant que femme) et dont je trouvais qu'il était important de vous parler.

 

En ce moment on parle pas mal du harcelement de rue en France notamment grâce à des campagnes de sensibilisation (où l'on apprenait par exemple que 100% des femmes avaient déjà subit dans leur vie le harcelement de rue) et certains médias comme le webzine Mademoizelle.com qui parle souvent de ce problème. Je trouve qu'il était temps qu'on parle d'avantage de ce sujet.

 

Et j'aime beaucoup la nouvelle campagne anglaise #ThisDoesntMeanYes (#CelaNeVeutPasDireOui).

Le "Cela" vient des photos prises par le célèbre photographe Perou pour l'occasion : il a voulu prendre en photo des inconnues dans les poses où elles se sentaient les plus belles, les plus épanouies, pour dire que ce n'est pas parce qu'on s'est faite belle, qu'on a une attitude libérée que cela veut dire oui pour passer à l'acte.

Cette campagne part du constat que l'on peut souvent lire sur les réseaux sociaux et entendre qu'une femme qui s'est faite harcelée voire violée "l'a bien cherché" parce qu'elle avait une jupe courte, du rouge à lèvres ou autre. Alors que ce n'est pas parce qu'on met cela que cela signifie "je suis open à toute proposition, faites de moi ce que vous voulez" mais seulement "je me sens bien avec cette tenue, ça correspond à mon humeur, donc je l'ai mise".

 

Ce message est très bien dit dans la campagne : (texte traduit par mes soins, comme toujours cela sonnait mieux en anglais -plus "catchy"- mais comme je sais que tout le monde n'est pas bilingue je préférais mettre une version traduite, la version originale étant sur le site web) :

"Une jupe courte n'est pas un oui.
Des lèvres rouges ne sont pas un oui.
Un clin d'oeil n'est pas un oui.
Un slow n'est pas un oui.
Le fait de rentrer ensemble n'est pas un oui.
Un dernier verre chez moi n'est pas un oui.
Un bisou sur le canapé n'est pas un oui.
Ce que je porte et la manière dont je me comporte ne sont pas des invitations.

Il y a un mythe qui poursuit les femmes, un mythe qui les touche :
les femmes qui s'habillent ou se comportent de manière suggestive,
les femmes qui sont joueuses ou qui agissent de manière provocante,
les femmes qui flirtent ou discutent ouvertement de sex - elles "le demande".
C'est une fable insidieuse, et nous devons y mettre fin.
Toute femme a droit à la liberté d'expression,
Aucune ne mérite d'être violée pour cela.
Personne ne devrait pouvoir justifier un viol par une jupe courte.
Une jupe courte ne peut pas parler, une jupe courte ne peut pas dire 'oui'.

Le seul oui devrait être un oui actif et pleinement consenti"

 

 

Cette mentalité du "elle l'a bien cherché" est malheureusement très répendue encore en 2015, y compris chez de nombreuses femmes.

Je ne pense pas du tout qu'une femme l'ait "bien cherché" mais je me suis déjà dit "je regrette d'avoir mis cette tenue" après m'être faite embêtée, j'ai remis en cause ma manière d'être, et bien sûr je m'en suis directement voulue d'avoir pu penser une seule seconde que le problème c'était ma tenue et non pas l'éducation du gros lourd qui m'avait fait des réflexions.

Je ne porte pas particulièrement de tenue que la société pourrait qualifier de "provoquantes" (pas de mini-jupes, je sors très rarement avec des stilettos parce que je dois souvent marcher pour rentrer chez moi) mais je mets presque uniquement des jupes et des robes. Est-ce que cela veut incinuer que je suis "open à toutes propositions" ? En aucun cas ! Je porte cela car ça représente ma personalité, parce que je trouve que ça me va bien. J'aime les rouges à lèvres, mais si j'en mets c'est pour moi, parce que ça me fait plaisir d'en mettre ce jour-là, parce que ça correspond à mon humeur. Si ça fait plaisir à quelqu'un d'autre qui trouve cela beau, c'est fortuit et tant mieux pour cette personne, mais en AUCUN cas cela représente un appel quelconque au "mâle".

 

Je parle assez régulièrement de ce sujet avec les personnes qui m'entourent et ce que je peux retenir de ces conversations c'est que beaucoup de femmes -moi comprise- ont maintenant peur de sortir seules le soir, d'affronter cette jungle urbaine pleine de dangers potentiels et pensent devoir traverstir leur personnalité (porter des tenues qui ne leur ressemblent pas) afin de passer inaperçues et pouvoir rentrer tranquillement (et honnêtement même cette technique de camouflage ne marche pas vraiment).

 

Ce n'est pas normal d'avoir peur le soir en rentrant tranquillement chez soi, d'avoir une boule au ventre tout le long du chemin et de se retourner tous les dix mètres pour vérifier que l'on n'est pas suivie.

Certaines de mes amies ont même laché l'affaire et préfèrent rentrer tôt chez elles ou sortir uniquement lorsqu'elles savent qu'on va les racompagner chez elle après la soirée par mesure de sécurité, quitte à râter de bons moments.

 

Pour les hommes qui pourraient lire ces quelques lignes, je sais très bien que la majorité des hommes ne sont pas des gros goujats qui embêtent les femmes dans la rue. Mais c'est cette minorité qui voit la femme uniquement comme un objet potentiel de plaisir (un objet qui lui appartient bien sûr) qui fait que dans la rue le soir on envoie balader tout le monde, y compris les mecs gentils.

 

En parlant avec des hommes du harcelement de rue, j'ai pu constater que certains avaient tendance à penser que les femmes exagéraient le problème et que le harcelement était très rare alors que cela arrive je ne sais combien de fois par jour. Pour comprendre ce que les femmes ressentent en rentrant seules chez elles le soir, la super chaîne youtube Meufisme a fait une vidéo à ce sujet : on y voit façon Bref tout ce qu'une femme pense et vit durant ce "périple".

 

 

Une des raisons pour lesquelles j'ai aussi voulu écrire ce post c'est pour dénoncer le fait que certains hommes pensent avoir un droit de possession sur les femmes ("hé MA jolie"), pensent avoir le droit de leur demander ce qu'ils veulent de la manière qu'ils veulent ("tu veux pas qu'on se fasse un peu de plaisir", "on peut prendre une chambre d'hôtel", "t'as un copain ? Mais je ne suis pas jaloux" et j'en passe).

 

D'habitude, je ne me focalise pas sur ce genre de chose. Je pense que c'est la même chose pour la plupart des femmes : à force, on "s'y fait" - alors qu'on ne devrait jamais banaliser ce type de pratiques. Mais récemment il m'est arrivée une chose qui m'a profondement choquée et qui m'a fait d'autant plus réfléchir sur le sujet.

Je rentrais seule après avoir passé une très bonne soirée avec une amie. C'était un concert et un verre dans un bar. Je n'avais pas eu le temps de me changer donc j'avais gardé les mêmes habits que ceux que j'avais mis en cours (un gros manteau, une robe qui arrive juste au dessus du genou, collants noirs opaques, bottines noires et même si j'avais eu une mini-jupe cela n'aurait en rien justifié la suite à mes yeux). Les habituels relous sur le chemin, jusqu'à ce qu'une voiture s'arrête à mon niveau -alors que je marchais à un ryhtme soutenu- : un homme d'une trentaine d'années, ayant l'air tout à fait normal. Naïvement, je lui ai demandé s'il cherchait son chemin : la personne voit donc que je suis une fille normale qui rentre normalement/rapidement chez elle et qui ne veut bien l'aider qu'à trouver son chemin. Mais non, il lui paraissait visiblement normal de me proposer de l'argent contre des faveurs.

J'en veux à cette personne qui a gâché ma soirée, qui m'a fait me sentir dans une insécurité totale alors que je rentrais seule chez moi avec la tête remplie de bon son. Je lui en veux d'avoir pu croire qu'il était permis de me demander cela (et qu'il puisse croire un seul instant que j'allais potentiellement dire oui) et ce peu importe ma tenue.

Mais je m'en veux aussi : -de un parce que je me suis remise en cause comme j'en ai déjà parlé plus haut ("t'est trop naïve", "tu n'aurais pas dû mettre de robe")

-de deux parce que sous le choc ma réaction a été nulissime (j'ai répondu "non merci" alors que j'aurais dû lui faire comprendre que son comportement était sans nom afin qu'il ne réitère pas la chose avec d'autres femmes)

-et de trois parce que j'ai appliqué le "tous des salots" après ça: un homme qui marchait quelques mètres plus loins au moment des faits et qui m'a dépassé m'a salué avec un sourire gentil d'un air de dire "bonsoir, ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas seule" histoire de me rassurer mais sur le coup j'ai mal interprété la chose et j'ai failli lui dire des choses pas très gentilles -mais je me suis contenté d'un regard noir. Je n'ai donc pas dit le fond de ma pensé au coupable mais j'ai envoyé bouler la personne qui voulait me rassurer... très logique.

 

Tout cela pour dire qu'il faut faire un vrai travail éducatif auprès des hommes pour montrer que les films ne sont pas la réalité (en gros ce n'est pas parce que t'es plombier que la femme chez qui tu réparres une fuite voudra forcement voir ton tuyau et ce n'est pas parce qu'une fille a mis une mini-jupe que ça veut dire qu'elle veut se la jouer Clara Morgane), qu'il n'est pas normal de traiter les femmes comme des objets et que -de toutes façons- en aucun cas une femme ne pourra répondre positivement à leurs demandes formulées de la sorte.

Et aussi qu'il faut apprendre aux femmes à savoir comment réagir face à ces agressions. Car on se trouve souvent au dépourvu quand cela nous arrive et généralement on baisse les yeux et on accélère le pas alors que peut-être qu'en ayant une conversation avec la personne, en lui montrant que son geste n'est pas normal (un peu comme une journaliste de madmoizelle.com l'a fait récemment).

 

Autant dire qu'un grand travail reste à faire sur la société avant que les femmes puissent enfin se sentir en sécurité dans la rue. Mais si chacun y participe à son échelle, les choses évolueront rapidement !

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